Sobria

Monotype no 2 de la Série des Chamois

Construit en 1950 chez Jouët à Sartrouville

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Plan Eugène Cornu  dessiné en mars 1949

pour la Société Nautique d'Enghien

 

Sobria est le dernier survivant connu d'une brève série de trois bateaux construits en 1949-1950 chez Jouet à Sartrouville sur plan Eugène Cornu. A l'origine de la série, Georges Petitfrère, président de la section Voile de la Société Nautique d'Enghien, et collaborateur de la revue "Le Yacht", confia à Eugène Cornu le soin de dessiner un bateau destiné à remplacer le Chat, cheval de bataille de la Société Nautique. Le but était d'obtenir un bateau plus rapide et plus marin, tout en conservant certaines caractéristiques du Chat, longueur à la flottaison et tirant d'eau. Comme il était de coutume pour nommer les Chats, le Chamois contient dans son nom une allusion au félin fétiche. Construit chez Jouet en bordé assemblé à mi-bois à trois exemplaire de pré série en 1950, le Chamois tint ses promesses: rapide, bien défendu, et raide à la toile. Hélas le mode de construction coûteux, à l'aube des constructions plastiques, entrava son développement, et la série d'arrêta au numéro 3.

 

Une pièce rare: le plan original du Chamois, daté de mars 1949 et signé par Eugène Cornu - Don de Claude Fabre, qui rencontra Eugène Cornu au début des années 1960 pour lui acheter le plan, qui lui servit à construire en bois moulé le quatrième et dernier Chamois, aujourd'hui disparu.

Au fil des années, le trio initial se réduit à un seul survivant, Sobria le numéro 2. On sait peu de chose du destin du numéro 1, probablement le bateau de Georges Petitfrère, et de celui du numéro 3. L'un fut abandonné puis détruit dans une propriété au bord du lac durant les années 1960. L'autre a disparu. Sobria resta seul sur l'Ile aux Cygnes, propriété de Mr Museau jusqu'en 1985, quand il fut acheté par mon ami Alain Berthiot. Il y a quelques années, Sobria commençat à montrer les signes de son âge, bordés très abîmés sur tribord au niveau des oeuvres vives, semelle de quille fendue provoquant une voie d'eau, mèche de safran tordue, et autres petites misères. Alain me donna alors son bateau, pour que je le restaure, et le fasse naviguer à nouveau. Au fil de mes déplacements professionnels, le chantier fut long à démarrer, et c'est seulement en juin 2011 que Sobria a retrouvé son élément, lors des régates de La Belle Plaisance à Bénodet.est prévue. Voici quelques photos du bateau, autrefois et maintenant.

Vue du lac d'Enghien au milieu des années 1950: sur la vue de gauche, le Chamois numéro 1, au premier plan, en arrière plan le Chamois numéro 2 aujourd'hui Sobria, et un sharpie de 9m2. A droite, photo hélas floue, Sobria seul sur le lac.

Eté 2011: les premiers bords

Bénodet, La Belle Plaisance, fin juin:

Retour au port après la régate - Photo Ronan Daniel

Les voiles signées Chevalier sont un peu vieilles, les numéros se décollent, le Chamois va bientôt suivre, ce qui nous vaudra une remontrance du comité de course perché sur son bateau jury. "Et les numéros? - Ils se décollent! - Z'avez qu'à les refaire, les feutres ça existe! " Sic. Avec un seul bateau de ce type en France on aurait pu les croire plus observateurs, et plus compréhensifs. Le bateau a fait beaucoup d'eau, au point que j'ai installé en catastrophe une grosse pompe à main au matin du deuxième jour. Sinon RAS avec un peu de brise au troisième jour pour tester le gréement, et les coutures.

Trébeurden: La Trégor Classique, début juillet

Ambiance plus conviviale pour ce rassemblement, et puis nous avons des numéros et des Chamois tout neufs dans la voile, pas de raison de nous gronder. Seul le temps nous fit mauvais accueil, avec des conditions musclées le premier jour. Heureusement quelques détails d'accastillage avaient été réglés suite à Bénodet, et la plus grosse entrée d'eau rectifiée, à la râblure sur une partie du galbord "restaurée" en 2009 par un chantier pro. Heureusement la bôme à rouleau était de nouveau fonctionnelle, on en a eu besoin.

Au boulot les sexagénaires! Sobria et moi avons le même âge, à un an près. Photo François Berland.

Le retour au port après la baston - Photo François Berland

Bien sur le bateau a de nouveau fait de l'eau, et le classement n'était pas terrible. Le handicap non plus, Sobria rend du temps à des Cormoran neufs qui ont 7m2 de toile en plus, et son handicap est identique à celui d'un Loup polyester récent qui a 5m2 de toile en plus, des espars alus et pas bois, et accastillage Harken et pas céloron...Moralité si la régate en classique est votre motivation, achetez plutôt un classique neuf!

La restauration:

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Avant: Sobria sur l'Ile aux Cygnes en décembre 2002. Le bateau était désarmé depuis quelques années.

 

Restauration de Sobria - 2005/2011

Remplacement de l'essentiel des virures des oeuvres vives sur tribord - Pas évident quand c'est bordé à mi-bois...

Gravure de la flottaison sur tribord - Une latte souple permet de guider la pointe de traçage.

5 varangues prêtes à poser. Avril 2011.

Emplanture de mât prête à poser

 Mise en place de la jaumière

Réparation de la gorge de ralingue, fentes longitudinales. Presses ad hoc à base de pinces à linge.

 

 

Septembre 2011

Texte et photo copyright patrick bigand

patrickATport-rhu.com