Lujo

Canoë de 16 pieds construction "Cedar rib"Peterborough Canoe Company

Construit entre 1911 et 1923

Cedar rib Peterborough Canoe

16' Type 4

 

Lujo sur le Cher, Reid Maclachlan à la pagaie

Lujo restauré - 16 octobre 2011

 

Lujo vient d'un domaine agricole proche de Pezenas, dans l'Hérault. Son précédent propriétaire ne sait rien de l'origine du bateau.

En cherchant sur le net j'ai trouvé plusieurs sites dédiés aux canoës, et notamment à ceux construits à Peterborough dans l'Ontario, qui fut longtemps la capitale canadienne, et donc mondiale, du canoë, avec plus de 90% de la production totale.

Brève histoire de la Peterborough Canoe Campany:

Le pionnier du canoë à Peterborough fut John Stephenson, propriétaire d'une scierie, qui commença vers 1850 à se diversifier dans la production de canoës, en forte demande notamment avec l'afflux de prospecteurs au cours des ruées vers l'or successives du milieu du 19ème siècle. En 1880 il vendit les droits son activité canoë au colonel J.Z Rogers, qui en 1883 fonda la "Ontario Canöe Company". Après un incendie dévastateur qui détruisit totalement l'entreprise en 1892, elle reprit son activité dans de nouveaux bâtiments en 1893 sous le nom de Peterborough Canoe Company.

Après une croissance exponentielle, l'industrie du canoë commença un déclin inexorable au début des années 1950. Malgré une tentative de diversification à la fois dans les modèles de bateaux - canots à moteur notamment - et dans les matériaux - aluminium et fibre de verre - la Peterborough Canoe Company fut une des dernières entreprises de ce secteur à connaître la liquidation, en 1962.

Le "Cedar Rib Canoe":

Le terme "cedar rib" veut dire "membrure en cèdre" par opposition à "Cedar strip", lattes de cèdre, les deux termes désignant deux modes de construction différents. La construction cedar rib utilise des lattes de cèdre étroites courant d'un côté à l'autre du bateau, dans le sens vertical. Ces lattes sont assemblées entre elles par feuillure et languette, et tenues dans le sens de la longueur du bateau par rivetage sur la serre bauquière, la quille, et quatre lisses.  L'intérieur ne comprend aucune membrure transversale, le bordé en tient lieu. Le cedar strip au contraire utilise des lattes de bordé longitudinales assemblée à mi bois, tenu par des membrures ployées sur lesquelles elles sont rivetées. C'est le mode de construction le plus courant, et notamment celui des constructeurs français comme Seyler ou Chauvières.

Le mode de construction Cedar rib fut inventé et breveté par John Stephenson en 1879.

Extrait du brevet - Canadian Canoe Museum

Détail du liston et assemblage des bordés.

 

 

Ce mode de construction, réputé solide et étanche, était aussi long et coûteux, ce qui entraîna son abandon par la Peterborough Canoe Company vers 1939.

Le canoë canadien en France:

Le canoë canadien est apparu en France à la fin du 19ème siècle, sans susciter beaucoup d'intérêt, concurrencé dans une utilisation ludique par la périssoire. Les bateaux arrivaient à l'unité par divers canaux, sans réseau commercial structuré. Le premier importateur, Charles André, s'établit à Paris en 1901 pour distribuer en France les canoës construits par la Peterborough Canoe Company. A cette époque commença à se développer une utilisation du canoë en croisière, on dirait maintenant randonnée.

Catalogue de Charles André, vers 1930

Les récit de croisière effectuées en canoë par le docteur Ernest Sexe et son épouse Adrienne entre 1908 et 1912, réédités par Le Canotier, fournissent un exemple rare et sympathique des ces premiers randonneurs. Il est à noter que le canoë du couple, nommé "Coquet", est un cedar rib canoe de 16 pieds de la Peterborough Canoe Company en tous points semblable à Lujo.

Adrienne Sexe à bord de Coquet. On distingue bien le bordé vertical "cedar rib", ou "côtes vernies". La pagaie double est celle utilisée en périssoire, la technique de la pagaie simple surtout en solo fut importée par les soldats canadiens pendant le première guerre mondiale, voir plus bas. Image tirée du livre "Croisières en canoë" par Ernest Sexe éditions du Canotier.

Durant la première guerre mondiale, certains soldats du contingent canadien vinrent à Paris avec leur canoë, et enseignèrent à des français la pratique du canoë "A la canadienne": pagaie solo, manoeuvres diverses, et la manière de redresser et vider un canoë submergé et d'y remonter. Selon un vieux camarade qui fut formé au canoë durant la seconde guerre mondiale, ses moniteurs disaient tout avoir appris de ces soldats canadiens, qui paraît il jetaient leur canoë d'un pont sur la Seine, pour le suivre ensuite, le vider et repartir.

Vers 1920, un autre militaire canadien, le lieutenant Smyth, partit du Canada avec 5 dollars et un canoë Peterborough pour répondre à un pari, atteignit Londres, puis Paris, et enfin Rome. Son expédition largement couvertes par la press de l'époque fut un véritable coup d'envoi pour l'essor du canoë en France.

 

 

Venons en à Lujo, canoë de 16 pieds à côtes vernies:

Le canoë de 16 pieds en construction côtes vernies,  "cedar rib" en anglais,  fut au catalogue  de la Peterborough canoe company de 1909 à 1939. Sa longueur de 4,90 m et sa capacité de charge en font le bateau idéal pour le camping et la randonnée à deux, ce fut donc la taille la plus répandue. Le procédé de construction,  plus complexe et donc plus coûteux,  en faisait le "haut de gamme" du catalogue de Charles André, avec un prix 30% plus élevé que celui du canoë à frises longitudinales vernies, "cedar strip", le plus répandu chez les chantiers français et américains.

Extrait du catalogue André Charles de 1930. On distingue les trois modes de constructions: le canoë en tilleul "rib and batten" en anglais, le canoë à frises longitudinales "Cedar strip" en anglais, et le canoë à côtes vernies "Cedar rib". On note qu'à taille égale le "côtes vernies " est plus cher d'un tiers que le milieu de gamme "frises longitudinales".

J'estime le poids de Lujo à une bonne trentaine de kilos. Il est en très bon état général, et l'état des planchers laisse supposer qu'il a été peu utilisé.

Je compte entamer bientôt sa restauration, limitée à un décapage du vieux vernis, suivi d'un ponçage fin, et de 8 couche de vernis Epiphane. Il naviguera bientôt, notamment pour la pêche à la mouche sur lacs et étangs et en randonnée. 

Voici quelques photos du bateau dans son jus:

 

 

Lujo: la restauration

Etat au 1er octobre, une couche de vernis Epiphanes intérieur, deux couches extérieur.

A comparer aux photos précédentes, à l'arrivée du bateau. Il est bordé en "Northern White Cedar", bois presque blanc avant le vernis.

Lujo prêt à vernir.

Fin de la restauration:

Confection du nouveau siège en pin d'Orégon, tressage québecois dit "babiche" normalement réalisé en lanières de cuir brut ("Rawhide lacing" en anglais). Faute de cuir j'ai pris de la tresse coton.

 Vernis terminé, quelques détails:

Le pontage et le siège arrière. On voit les 5 essences de bois utilisées pour construire le canoë: cèdre blanc pour les bordés (Northern white cedar), chêne pour les entretoise, le siège, la serre bauquière et le petit hiloire, châtaignier pour le pont, érable pour le liston, et mélèze pour les planchers.

 L'une des 6 plaques de constructeur, "thwart tag":

 Le modèle des plaques permet de dater le bateau entre 1911 et environ 1923.

Le pontage avant:

 

Octobre 2011

Texte et photos copyright patrick bigand sauf mention contraire

patrick4port-rhu.com

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